Sans gluten, gluten free, allergènes… Ces mentions sont devenues familières sur les cartes des restaurants, dans les boulangeries, les hôtels.
Mais derrière ces mots se cache une réalité beaucoup plus complexe : pour une personne atteinte de la maladie cœliaque, manger sans gluten n'est pas une simple préférence alimentaire. C'est une nécessité médicale qui implique non seulement d'éviter certains ingrédients, mais également de maîtriser les risques de contaminations croisées.
Cette distinction est essentielle en restauration. Les restaurateurs sont-ils suffisamment (in)formés et attentifs à ces nuances ?
Quelles sont les précautions indispensables ? Et comment la France se situe-t-elle par rapport à ses voisins européens ?
« Sans gluten » ne signifie pas simplement « sans farine »
C'est probablement l'une des principales idées reçues dans la restauration.
Un plat peut en effet être « sans ingrédient contenant du gluten » sans pour autant avoir été préparé dans des conditions permettant de garantir l'absence de contamination.
Quelques exemples très courants :
> une frite cuite dans une huile utilisée également pour des produits panés
> une sauce épaissie avec de la farine
> une planche utilisée successivement pour du pain puis pour une préparation sans gluten
> des miettes de pain présentes sur un plan de travail
> une pince ou un ustensile utilisé pour plusieurs préparations
> une pâte sans gluten préparée sur un plan de travail couvert de farine
> un grille-pain utilisé pour du pain classique et du pain sans gluten
> une eau de cuisson utilisée pour des pâtes classiques puis pour des pâtes sans gluten.
Le problème n'est donc pas uniquement l’ingrédient. C'est toute la chaîne de préparation qui doit être maîtrisée.
La contamination croisée : le véritable défi pour les restaurateurs
Pour un établissement qui souhaite réellement proposer une cuisine adaptée aux personnes cœliaques et allergiques, la question centrale devient :
Comment éviter que le gluten présent dans l'environnement de travail ne se retrouve dans une préparation qui n'en contient pas ?
Cela nécessite une organisation adaptée.
> Identifier et vérifier les matières premières : le premier réflexe consiste à connaître la composition exacte de chaque produit utilisé. Cela concerne évidemment la farine, le pain ou les pâtes, mais aussi des produits moins évidents : sauces industrielles, bouillons, charcuteries, préparations culinaires, desserts, glaces, épices ou mélanges d’épices, produits panés, certains produits transformés. Le restaurateur doit donc pouvoir s'appuyer sur les informations fournies par ses fournisseurs.
> Organiser la préparation : il faut déterminer comment éviter les contaminations entre les préparations classiques et les préparations sans gluten et leur attribuer des zones dédiées.
> S’assurer d’une conservation isolée des ingrédients dans les placards : boîtes hermétiques ou espaces dédiés. Pas de farine de blé rangée à côté d’une farine de riz ! La farine est volatile : ses particules restent en suspension et peuvent se déposer sur d’autres aliments.
> Nettoyer correctement les surfaces : un plan de travail couvert de miettes ou de farine transmet du gluten à des ingrédients qui en sont dépourvus d’origine.
> Identifier le matériel sensible : passoires, friteuses, grille-pain, planches, ustensiles… Encore une fois, ces outils doivent être exempts de toute trace de gluten, donc ne peuvent pas servir en même temps aux recettes classiques et celles sans gluten.
La friteuse est un exemple particulièrement parlant. Une pomme de terre est naturellement sans gluten. Mais des frites plongées dans une huile qui sert également à cuire des produits panés peuvent présenter un risque de contamination.
Pensez également à demander si elles ont été « farinées » avant cuisson. Cela n’est pas intuitif, mais dans les faits, certaines frites surgelées sont enrobées d’une fine pâte, qui peut contenir du blé, pour plus de croustillant.
> Former le personnel : tout le monde doit connaître les règles : cuisine, salle, management. La meilleure procédure du monde ne sert à rien si elle n'est pas comprise par les personnes qui travaillent en cuisine et en salle.
Le personnel doit notamment comprendre qu'une demande « sans gluten » peut correspondre à une nécessité médicale et non à une simple préférence alimentaire. La transmission de l'information entre le client, le serveur et la cuisine est donc essentielle.
> Savoir répondre au client : le personnel doit être capable de dire ce qui est réellement maîtrisé. Selon l'organisation de l'établissement, cela peut passer par : des zones de préparation dédiées, du matériel identifié, un nettoyage rigoureux des surfaces, des ustensiles propres, une organisation spécifique des préparations. L'objectif n'est pas nécessairement de transformer chaque restaurant en laboratoire « 100 % sans gluten », mais de mettre en place une organisation permettant de maîtriser réellement le risque.
Quelles sont les différences entre la France et d’autres pays européens ?
Soyons honnête : il est encore difficile d’aller au restaurant en France quand on est atteint de la maladie cœliaque. Mais la situation a beaucoup progressé et il convient de rester optimiste. Les professionnels disposent aujourd'hui d'un cadre réglementaire clair concernant l'information sur les allergènes, et les consommateurs sont beaucoup plus sensibilisés qu'il y a quelques années.
La DGCCRF contrôle également les allégations « sans gluten » : Une enquête publiée par la DGCCRF a notamment montré l'importance de la maîtrise de la contamination croisée et relevé des non-conformités lors de contrôles de produits revendiquant l'absence de gluten.
Mais le niveau de maîtrise reste très variable d'un établissement à l'autre. Il existe une différence considérable entre : « Nous avons un plat sans gluten » et : « Nous avons une procédure permettant de préparer ce plat sans contamination croisée et notre personnel sait exactement comment l'appliquer. »
C'est probablement là que se situe aujourd'hui l'un des principaux enjeux de la restauration française. L’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, la Pologne et l’Allemagne montrent qu’il n’existe pas une seule façon d’organiser la restauration sans gluten.
L’Italie occupe une place particulière dans la restauration sans gluten. Malgré l’importance du blé dans sa gastronomie — pizzas, pâtes, pains et pâtisseries — elle dispose d’un réseau organisé d’établissements formés à l’accueil des personnes cœliaques.
L’acteur central est l’Associazione Italiana Celiachia (AIC), l’association italienne dédiée à la maladie cœliaque. Elle a développé le programme Alimentazione Fuori Casa (AFC), destiné à accompagner les restaurants, pizzerias, hôtels, glaciers, boulangeries et autres établissements proposant des repas sans gluten. Le programme comprend plusieurs étapes : formation du restaurateur et du personnel de cuisine, conseils sur la conception des menus et l’organisation des postes de travail, recommandations concernant le stockage, la préparation et le service, suivi périodique des établissements participants.
En Espagne, la gestion du sans gluten s’appuie notamment sur la Federación de Asociaciones de Celíacos de España (FACE), qui fédère des associations de personnes cœliaques. Son programme FACE Restauración Sin Gluten / Gluten-Free accompagne les restaurants et les chaînes de restauration qui souhaitent proposer des plats adaptés aux personnes atteintes de la maladie cœliaque. L’approche espagnole repose sur une démarche d’accompagnement relativement complète aussi : visite de l’établissement afin d’évaluer la possibilité de préparer des plats sans gluten en sécurité, vérification des ingrédients et des fiches techniques des fournisseurs, élaboration de procédures adaptées aux risques de contamination croisée, formation du personnel de cuisine et de salle, suivi des établissements et, dans le cadre du programme, prélèvements ponctuels pour rechercher la présence de gluten. Les établissements partenaires peuvent être identifiés grâce à un signe distinctif associé au programme, et être référencés dans l’application CELIGUIA.
En Angleterre, la gestion du sans gluten repose notamment sur les obligations d’information des consommateurs, les recommandations sanitaires et les bonnes pratiques de manipulation des aliments. La Food Standards Agency (FSA) est l’un des organismes de référence pour les professionnels. L’Angleterre applique également les règles dites Natasha’s Law, entrées en vigueur en octobre 2021. Elles concernent les aliments préemballés pour vente directe, préparés et conditionnés sur le même site avant que le client ne les choisisse.
En Pologne, un dispositif particulièrement intéressant est le programme MENU BEZ GLUTENU, créé en 2011 par l’association polonaise des personnes cœliaques. Il vise à identifier et certifier des établissements capables de préparer des repas sans gluten dans des conditions adaptées aux personnes cœliaques. Le programme comprend la formation du personnel, l’évaluation des pratiques de cuisine et un référencement des établissements participants.
En Allemagne, c’est la Deutsche Zöliakie Gesellschaft (DZG), l’association allemande des personnes cœliaques, qui accompagne les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie. Elle propose une formation en ligne destinée au personnel, que chacun peut suivre à son rythme. Les établissements formés peuvent afficher le label « DZG-Geschult » (formé par la DZG), et ceux qui ont en plus fait l’objet d’une vérification sur place peuvent afficher le label « DZG-Geprüft » (contrôlé par la DZG). Les restaurants proposant des plats sans gluten peuvent aussi être référencés gratuitement dans la base de données « Glutenfrei außer Haus » (« Sans gluten hors de chez soi »), consultée par les personnes cœliaques pour trouver une adresse sûre.
Bien d’autres pays européens affichent des démarches un peu plus avancées que les nôtres pour assurer une restauration sans gluten sûre et de qualité. Pour les restaurateurs français, ces modèles constituent des pistes concrètes pour développer une offre plus accessible, renforcer la confiance des consommateurs et concilier qualité gastronomique et sécurité alimentaire.
Ces pays européens sont nos alliés chez CALICOTE ! Vous pourrez constater la diversité des produits développés par nos partenaires.
Les bons réflexes avant d’aller au restaurant
> Avant de réserver
Lorsque cela est possible, appeler le restaurant à l’avance. Il vaut mieux expliquer : « Je suis atteint(e) de la maladie cœliaque et j'ai besoin d'une alimentation strictement sans gluten. Pouvez-vous me dire comment vous gérez les contaminations croisées ? » Cette formulation est souvent plus efficace que de simplement demander : « Vous avez du sans gluten ? »
> Au restaurant
Il est utile de rappeler la nécessité d'une alimentation stricte au moment de la commande. Et surtout, ne pas hésiter à poser des questions très concrètes : « Où les frites sont-elles cuites ? », « Les pâtes sont-elles préparées séparément ? », « Cette sauce contient-elle de la farine ? », « Le dessert a-t-il été préparé dans le même espace que les produits contenant du gluten ? », « Le pain sans gluten est-il manipulé séparément ? », etc.
Si le personnel ne sait pas répondre, mieux vaut considérer cela comme un signal d'alerte.
> Prévoir un petit appoint
Le restaurant choisi n’aura peut-être pas votre pain sans gluten favori ou des petits biscuits pour accompagner l’apéritif. Vous pouvez en glisser facilement dans votre sac et les sortir si besoin.
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Découvrir nos snacks à emporter
Et en parlant de vous faciliter la tâche, nous vous avons également déniché quelques adresses gourmandes et sachant garantir des plats sans gluten. Nous les avons testées ! Et nous vous les partageons.
N’hésitez pas à en faire de même. Faites-nous parvenir vos bons plans pour qu’ils puissent profiter à d’autres !